Depuis le coup d’État de juillet 2023 au Niger, le dirigeant de la junte, Abdourahamane Tiani, a adopté une série de mesures visant à affirmer la souveraineté du pays sur ses ressources naturelles. Parmi ces actions, la fermeture des frontières avec le Bénin a sérieusement affecté Orano, géant français de l’exploitation de l’uranium, et sa filiale locale Somaïr. Ce verrouillage stratégique des échanges semble être une manœuvre directe contre les intérêts français dans le pays.

Orano face à une crise financière
La Somaïr, filiale d’Orano, se retrouve aujourd’hui dans une situation financière critique. En raison de l’incapacité d’exporter le minerai via le corridor terrestre béninois menant au port de Cotonou, l’entreprise est désormais contrainte de stocker plus de 750 tonnes d’uranium, soit plus de la moitié de sa production annuelle. Cela a gravement impacté sa trésorerie, mettant en péril non seulement le paiement des 1 400 salariés, mais également l’entretien de ses infrastructures industrielles.
Les tensions entre Orano et la junte nigérienne
Les relations entre Orano et les autorités du Niger se sont dégradées au fil des mois, notamment avec le retrait de plusieurs permis d’exploitation. Face à cette pression, Orano a proposé des alternatives pour acheminer l’uranium, comme des solutions aériennes vers la France ou la Namibie, mais ces propositions sont restées sans réponse officielle.
Ce blocage des exportations a également un impact sur l’acquisition de réactifs indispensables au traitement du minerai sur le site d’Arlit. L’entreprise s’inquiète des mesures sociales qu’elle pourrait être forcée de prendre si la situation ne s’améliore pas rapidement.
Une stratégie de souveraineté sur les ressources minières
Les décisions de la junte nigérienne sont perçues par de nombreux observateurs comme une tentative de porter un coup dur aux intérêts français au Niger, en particulier dans le secteur de l’uranium. En adoptant une politique de « souveraineté nationale » sur les ressources minières, les autorités souhaitent s’assurer que les retombées économiques du secteur profitent davantage au pays.
Cette approche trouve écho au sein de la société civile nigérienne, qui attend des retombées concrètes des activités extractives. En parallèle, le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) mène une politique active visant à reprendre le contrôle de ce secteur clé de l’économie nigérienne.
La fermeture des frontières entre le Niger et le Bénin, maintenue par Abdourahamane Tiani, a des conséquences directes sur les opérations d’Orano, menaçant à terme l’avenir de l’exploitation d’uranium dans le pays. Au-delà de cette crise économique, cette mesure est aussi perçue comme une action stratégique contre les intérêts de la France, marquant une nouvelle ère de contrôle des ressources minières par le gouvernement de transition au Niger.